La traite dans le monde reste une réalité

L’OIM publie son onzième rapport consacré à la traite des êtres humains à travers le monde

La traite des êtres humains et l’exploitation de travailleurs migrants ne sont pas propres à l’Europe. Dans la onzième édition de son rapport consacré à ces phénomènes, intitulée «Global Eye on Human Trafficking», l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) en donne l’illustration. Le rapport passe en revue différentes facettes de ces fléaux à travers le monde, dont sont premièrement victimes des hommes, des femmes et des enfants, mais dont pâtissent également des secteurs d’activités économiques entiers.

Scanner des pratiques et des abus exercés ici et là sur la planète :

 1. La ruée vers l’or

Selon l’OIM, l’extraction de l’or à petite échelle reste très marquée par le phénomène de la traite des êtres humains. C’est le cas à Kédougou, la plus grande ville du sud-est du Sénégal, théâtre d’une ruée vers l’or qui provoque des ravages au sein des communautés locales en même temps qu’elle broie quantité de travailleurs migrants. La hausse du prix de l’or y a attiré un nombre croissant de migrants en provenance du Mali, de Guinée, de Gambie, du Ghana, du Burkina Faso, du Togo et du Nigeria, lesquels proposent leur main-d’oeuvre à bon marché aux petites exploitations minières de la région où les conditions de travail sont déplorables, ainsi ‘ailleurs que dans d’autres régions ouest africaines, le long de la « ceinture de l’or ».

La forêt tropicale de l’Amazonie péruvienne connaît elle aussi une poussée de fièvre aurifère. L’an dernier, en lien direct avec cette intense activité extractive, la police nationale a enregistré dans cette seule partie du pays près de la moitié des cas de traite des êtres humains récensés dans tout le Pérou. La plupart de ces cas ont été signalés dans la province de Madre de Dios, épicentre de cette nouvelle ruée vers l’or. 

Les mineurs sont pour la plupart recrutés via des agences locales pour l’emploi, ainsi que par des réseaux implantés dans les districts voisins, ceux des régions de Cusco et Puno, ou encore dans la capitale, Lima. La pauvreté pousse de nombreux candidats à accepter de se faire exploiter en exerçant des emplois extrêmement précaires. Les hommes et les garçons dès l’âge de 12 ans, travaillent jusqu’à 24 heures d’affilées, en shift, dans des environnements terriblement risqués. Beaucoup meurent suite à l’ingestion d’une eau et d’une nourriture polluées. Les maladies comme le sida ou les maladies parasitaires, ont proliféré au sein de la population qui doit également faire face à une exposition quotidienne au mercure. Ces mineurs vivent en outre dans des conditions épouvantables à l’intérieur de camps faits d’abris de fortune recouverts de bâches en plastique bleu facilement déplaçables vers de nouveaux sites d’exploitation. 

Simultanément, des petites villes comme Huaypetue, Mazuko et Colorado sont sortie de terre pour accueillir cette population de travailleurs en mouvement. Les millions de dollars générés par l’activité aurifère dans le Madre de Dios ne profitent pas à ceux qui produisent cette richesse : les mineurs sont privés des services sanitaires les plus essentiels.

De plus, l’OIM précise que l’on sait très peu de choses au sujet des employeurs de ces forçats, si ce n’est qu’ils les paient à l’aide d’un pourcentage de l’or extrait chaque jour. Sur le marché local, le prix d’un gramme d’or peut atteindre environ 150 soles (55 USD), ce qui le rend très attractif pour les populations pauvres, prêtes à tout risquer dans cette aventure, leur santé comme leur vie, pour s’arracher à la misère.

En marge de cette activité minière, des jeunes femmes et  jeunes filles se voient offrir des emplois de cuisinières ou de vendeuses, mais nombre d’entre elles se retrouvent victimes d’exploitation sexuelle. On peut lire dans le rapport que lors d’une intervention policière destinée à  arracher des mains de leurs exploiteurs quelque 300 de ces malheureuses, les autorités ont fortement soupçonné que près de la moitié de ces filles étaient mineures. Il a également été raporté à l’OIM que leurs ravisseurs détenaient les documents d’identité de ces femmes, ce qui témoigne explicitement d’un phénomène d’exploitation sexuelle. Toutes (à l’exeption de neuf jeunes filles mineures) ont pourtant exprimé le désir de demeurer dans les camps de travail, ce qui a conduit la police à soupçonner les trafiquants d’avoir eu recours à des pressions et à des menaces à l’encontre de leurs victimes…

 

2. Reconstruction de l’Irak : les travailleurs migrants victimes de la traite

Le rapport de l’OIM s’intéresse également à la situation particulière de l’Irak, où certaines entreprises étrangères se livrent à l’exploitation économique de migrants employés dans le secteur de la reconstruction et des services intérieurs.

Quelques exemples sont cités :

- En Août 2011, l’OIM a identifié un groupe de 35 travailleurs ukrainiens et bulgares bloqués dans le cœur de la zone internationale de Bagdad où se trouvent le siège du gouvernement irakien, les ambassades étrangères et les organisations internationales. Arrivés en Irak en Décembre 2010 pour construire un centre de congrès, ces travailleurs ont été exploités et la promesse de salaire et des conditions de vie décents ne s’est jamais concrétisée. Abandonnés par un entrepreneur turc, laissés sans eau ni nourriture, les travailleurs ont requis une assistance humanitaire immédiate…

Ailleurs, l’OIM cite un groupe de 80 travailleurs immigrés originaires d’Inde et du Bangladesh victimes eux aussi de la traite par un entrepreneur turc. Ils ont fait l’objet d’un nombre invraisemblable de violations des droits de l’homme incluant la limitation de leur liberté de mouvement, le refus d’accéder aux soins médicaux et la retenue du paiement intégral des salaires. A la même époque, l’OIM a été contactée par l’ambassade de Bosnie-Herzégovine relativement au sort de 17 de ses ressortissants qui se sont retrouvés dans une situation similaire.

L’OIM est aussi venue en aide à un groupe de migrants géorgiens exploités et désireux de rentrer chez eux. Ces jeunes hommes avaient été recrutés pour travailler dans une usine de la région du Kurdistan. Ils étaient seuls avec leurs passeports confisqués à l’arrivée et obligés de vivre des mois durant dans des conditions désastreuses….

3. La traite des personnes dans l’industrie de la pêche dans le Sud-Est de l’Asie

 
La Thaïlande, le Cambodge, l’Indonésie et la Malaisie sont les régions recensées par l’OIM où la traite des êtres humains s’exerce dans le secteur de la pêche. Le rapport relate des faits dans lesquels des trafiquants ont dépouillé des hommes de tous leurs documents d’identité et de voyage, sous prétexte de les garder ou dans l’attente d’effectuer les démarches administratives nécessaires, comme l’obtention des permis de travail nécessaires à la navigation. Il s’est toutefois avéré que la plupart de ces document étaient des faux.

Certaines victimes originaires du Cambodge, lesquelles ont échappé à leurs trafiquants dans le port indonésien d’Ambon, avaient été vendues à des propriétaires de bateaux de pêche thaïlandais pour un montant compris entre 1.000 et 3.000 dollars ; ils étaient forcés d’effectuer un travail manuel pénible pendant de longues heures (parfois plus de 20 heures/jour) avec peu de repos. Il leur était interdit de dormir tant que les filets n’étaient pas baissés, remplis de poissons et triés. Les hommes vivaient dans des endroits exigus avec une nourriture insuffisante et peu d’eau. Ceux qui ne remplissaient pas les exigences du capitaine s’exposaient à des maltraitances physiques.

La plupart de ces prisonniers des mers ne recevaient aucun salaire durant leur temps de navigation, soit quelques mois pour certains et jusqu’à plusieurs années pour d’autres. Les bateaux de pêche naviguant entre les territoires maritimes de la Thaïlande, de la Malaisie et de l’Indonésie ainsi que dans les eaux internationales, s’amarrent assez rarement dans les ports. Ce qui maintient les équipages dans la servitude, prisonniers de la haute mer. L’OIM précise encore que, les navires ayant enfin atteint le port d’Ambon, 63 hommes d’équipage sont parvenus à s’échapper. Ils ont alors fait appel à la générosité des habitants en vue d’obtenir une assistance grâce à laquelle ils ont pu survivre (nourriture, abris).

D’autre points en vrac et sans détails :

– Les travailleurs migrants exploités dans le secteur de la construction ont revendiqué leurs droits avec succès en Azerbaïdjan.

– Appel est lancé aux entreprises afin de lutter de manière proactive contre la traite des personnes au travers de la loi californienne sur la transparence dans les chaînes d’approvisionnement.

– Responsabilisation et protection des victimes de la traite en Indonésie.

– L’économie liée au trafic des êtres humains et l’abus des migrants dans la corne de l’Afrique.

– La sombre réalité de l’économie du trafic et de l’abus de migrants.

Pour voir la publication (en Anglais) sur le site de l’OIM:  ICI