Mobilisation contre la Prostitution et la traite des êtres humains

La Convention de New York a 65 ans et demeure toujours d’actualité

Soixante-cinq ans après sa signature à New York, la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution, demeure encore aujourd’hui le seul texte international spécifique sur le sujet.

Dans l’optique d’une actualisation et d’une harmonisation des politiques en matière de lutte contre la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui, une Conférence Interministérielle s’est tenue le 30 septembre 2013 à Bruxelles sous l’impulsion de la vice-Première ministre de Belgique, ministre de l’Intérieur et de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet, et de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des Droits des femmes et porte-parole du Gouvernement français. Ensemble, elles se sont engagées à promouvoir conjointement les droits des femmes avec les ministres chargés de l’égalité des chances des pays signataires membres de l’UE, et en présence notamment de la reine des Belges, Mathilde, qui a soutenu le lancement de leur coopération.

Cette Conférence, organisée par la Fondation d’Utilité Publique Samilia, a été rythmée de débats sur la prostitution. Parmi les orateurs, on notera la présence de la Coordinatrice Européenne Anti-Trafficking, Mme Myria Vassiliadou, qui a évoqué la stratégie de l’Union européenne (2012-2016) sur l’éradication de la traite. S’en est suivi l’exposé de Mark Capaldi, Head of Research and Policy chez ECPAT International, qui a présenté le résultat de son étude sur la question: « La légalisation de la prostitution augmente-t-elle la traite des femmes et des enfants à des fins sexuelles? ». Ce dernier a notamment abordé le “polémique” modèle Suédois qui consiste en gros à pénaliser le client en vue de faire chuter la demande et de faire fuir les trafiquants.  L’expert d’ECPAT a également conclu en précisant qu’il est important d’avoir des données précises afin d’évaluer correctement le phénomène. Une autre approche, sous un angle intéressant, a ensuite été exposée par la psychologue Evelyne Josse qui a décrypté les conséquences de l’hypersexualisation de la société depuis le début du 20ème siècle à nos jours. Pour la thérapeute, cette hypersexualité est omniprésente dans notre société d’aujourd’hui. Elle ajoute que face à la banalisation de la sexualité qui devient de plus en plus extrême, ce sont les enfants et les adolescents qui sont les plus menacés. Les débats se sont clôturés par l’intervention de Hakan Erdal, Coordianteur Trafic-Traite des êtres humains à Interpol. Ce dernier a abordé l’augmentation du trafic d’êtres humains via les nouveaux moyens de communication, en précisant que les criminels utilisent de plus en plus le Net comme méthode de recrutement pouvant faire des liens avec des clients potentiels. Le lien entre internet et la traite présente de nombreux pièges et laisse un boulevard pour le crime organisé. En utilisant ces nouvelles méthodes, les trafiquants disposent d’une couverture idéale pour nouer les contacts et démarrer le trafic; ils recrutent entre autre via les sites d’escorte Girls, propose des activités “légales” comme le mannequinat, ou obtiennent des informations sur la destination visée via des sites de partages de photos, ou les Chats Newsroom… Le policier précise que de plus en plus de mineurs sont impliqués et embarqués par ces pratiques.  Le manque de prévention, jouxté d’une lacune législative en la matière, n’est qu’une aubaine de plus pour les criminels et un fameux défit pour les services de police vu le fait qu’ il est actuellement difficile de poursuivre de tels cas, précise Mr Hakan. Son intervention s’est clôturée par les recommandations bien connues en matière de lutte contre le trafic et la traite des êtres humains, à savoir: renforcer la coopération internationale, partager les informations, mettre en place des stratégies pour contrer ces pratiques,…  Notons aussi que, vu le fait qu’Internet risque de devenir un facilitateur de traite dans le monde, Mr Hakan souligne l’utilité d’Interpol de collaborer avec les gouvernements et également avec le secteur privé qui deviendra un allié indispensable pour combattre ce fléau.

En fin de journée, introduite par la Reine Mathilde de Belgique, toutes les ministres européennes de l’Egalité des chances se sont réunies pour lancer un réseau européen, afin d’unir leurs forces contre l’exploitation de la femme.

Mesures politiques, débats et réalité de la rue

Si l’initiative prise lors de cette conférence est d’une grande utilité publique, il est impératif que la situation de terrain puisse en bénéficier.  La prostitution est un défi complexe qui comprend plusieurs facettes à résoudre. Le manque de statistiques fiables, les différentes approches de la prostitution en Europe, n’en sont qu’une ébauche.

Le débat sociétal et politique reste continuellement cloisonné entre son abolition ou pas, sa légalisation ou son maintien dans une situation juridique floue qui entretient de nombreuses polémiques. Les discours, les constats et autres recommandations des différents acteurs concernés restent identiques : manque de moyens et de statistiques fiables, nécessité d’avoir de meilleures collaborations, approche plus pragmatique du phénomène,… Le sujet reste donc statique, non évolutif. Le cheminement pour les ministres européens de l’Egalité des chances, qui ont décidé de se réunir une fois par an pour aborder ces grands thèmes, est donc encore long en besogne…

Mais, depuis soixante-cinq ans,  en marge de ces controverses et des législations existantes, il y en a de ceux qui continuent sans relâche à utiliser la femme comme chair humaine à haut rendement: les trafiquants d’êtres humains et leurs réseaux criminels

 

Ci-dessous, le programme de la Conférence interministérielle: