Un reportage choc en Barbarie

Voyage en barbarie, sur la piste des réfugiés du Sinaï

A l’heure où tous les regards sont focalisés sur les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe à partir de la Libye, deux journalistes (Delphine Deloget et Cécile Allegra) pointent leur caméra vers le Sinaï devenu le théâtre d’un trafic d’êtres humains inquiétant. Leur troublant documentaire “Voyage en Barbarie” a été récompensé par le Prix Albert-Londres.

En l’an 1099, la fondation du royaume de Jérusalem fit du Sinaï une zone frontière entre le royaume de Jérusalem et l’Égypte musulmane. De nos jours, cette péninsule égyptienne s’est transformée en un immense camp de torture à l’encontre des migrants Erythréens, victimes de séquestrations, kidnappings orchestrés par des tribus bédouines.

Bien loin des hôtels de luxes All inclusive de Charm el-Cheikh, à l’abri des regards, ces hommes, femmes et enfants sont enfermés dans des “Safehouse” pour clandestins, transformés en véritables prisons où la barbarie d’un autre âge leur est infligée. “Depuis 2009, 50.000 Érythréens sont passés par le Sinaï; 10.000 n’en sont jamais revenus“… lance le bouleversant reportage.

Que sont-ils devenus? Pour répondre à cette question, les deux journalistes ont rencontré ces victimes qui témoignent des horreurs subies par les passeurs. Parmi elles, Germay Berhane, un jeune érythréen relate: ” La prison d’Abu Omar était couverte de sang, du sol au plafond. Les murs infestés de mouches et de cafards. La terre grouillait de vers à viande” … Germay est enchaîné, visage contre le mur, avec interdiction de bouger et de parler. Abu Omar fait son entrée, suivi par trois hommes de main : « A partir de maintenant, votre vie vaut 50 000 dollars. Et je sais comment vous faire payer. Les coups se mettent à pleuvoir, à la barre de fer. Les chairs s’ouvrent. Certains s’évanouissent. « Ils nous réveillaient à grands coups de pied dans la tête». Brûlures infligées au fer rouge ou au phosphore extrait de cartouches, plastique fondu coulé sur le dos, dans l’anus, coups répétés sur les parties génitales. « Leur truc préféré, c’était de nous pendre par les bras, comme des moutons. Puis de nous brûler au chalumeau. »…”Les séances de torture se déroulent toujours avec un portable allumé. Au bout du “fil”, un père, une mère, une sœur. “Moi, j’ai hurlé : Papa, je suis dans le Sinaï” … Germay se cache actuellement au Caire.

 

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  « Ils ont ouvert la porte de la prison.

J’ai vu dix personnes enchaînées, debout, face contre le mur.

Par terre, il y avait un garçon qui n’arrivait plus à se relever.

Son dos n’était que chair et os à vif. Et cette odeur de sang, d’excréments… Une odeur de mort. »

 

Cette enquête journalistique, par Delphine Deloget et Cécile Allegra (Prix Albert Londres) est à lire en partie sur Le Monde et le reportage est à visionner sur Public Sénat. Voir aussi le Blog: “Voyage en Barbarie” 

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