Les passeurs terrorisent toujours les clandestins de Téteghem

Les trafiquants règnent en maître depuis cinq ans et les autorités demeurent impuissantes

Il y a cinq ans, nous avions pu, de manière exclusive, pénétrer à l’intérieur du camp improvisé de migrants clandestins à Téteghem, situé entre Calais et les ports belges d’Ostende et de Zeebrugge (Cfr. Reportage « Les naufragés de Téteghem », Paris Match Décembre 2010).

Dans ce no man’s land, au milieu des bois entre Dunkerque et la frontière belge, des centaines de migrants clandestins survivaient dans le froid et la boue en attente d’un hypothétique passage vers la Grande-Bretagne. Nous les avions rencontrés alors qu’ils vivaient entre la crainte des trafiquants et l’espoir d’en finir avec leur « voyage ».

Aujourd’hui, cet endroit bordé d’un lac et de bois, constituent toujours une étape sur les routes encombrées du trafic international d’êtres humains. Les passeurs violents, qui avaient déjà la mainmise sur ce camp de fortune, sont plus que jamais présents.

Le Maire et la population locale s’indignent, s’inquiètent et « n’arrivent plus à protéger les migrants » contre la violence et l’emprise des criminels. Cette situation est relayée par le magasine d’investigation Français « Complément d’Enquête », qui explique dans une vidéo que « L’ambiance du camp de Téteghem s’est récemment dégradée. Le maire, indigné, montre aux journalistes des impacts de balle de gros calibre sur des conteneurs où dorment des réfugiés syriens. Rackettés par les passeurs, ceux-ci paient 10 à 20 euros la nuit ». Dans cet extrait, « on voit les trafiquants débarquer en berline à 30 000 euros immatriculée en Grande-Bretagne. C’est là que se trouvent les chefs de ce réseau installé ici depuis quatre ans, avec une quinzaine d’exécutants ».

Les routes internationales du trafic d’êtres humains, tenues par les organisations criminelles, continuent à se ramifier à travers toute l’Europe, jusqu’à aboutir en Belgique et dans le nord de l’Hexagone, points de passage obligés vers le Royaume-Uni. Les autoroutes belges E40 et E411 restent des couloirs de transit. A l’époque de notre enquête, elles étaient aux mains des passeurs afghans en voie d’être violemment délogés par leurs « homologues » du milieu kurde irakien. Très actif dans le trafic, ce dernier contrôlait principalement les parkings où embarquaient les clandestins à Heverlee, Grand-Bigard, Wetteren, Drongen et Jabbeeke sur l’E40. Ainsi que celui de Bierges, sur la E411. Le réseau s’étendait ensuite par-delà la frontière française, vers Calais, en passant par plusieurs aires de stationnement, dont celle de Téteghem, terminus des filières transnationales.

Cinq ans plus tard, rien n’a changé. Au contraire, les choses ont empiré. Les récentes interpellations de passeurs sur l’autoroute E40 confirme l’intense activité des trafiquants (Lire ci-dessous).

Actuellement, la police française recense 375 migrants à Téteghem. En 2010, on en dénombrait près de deux cents, mais la violence était déjà omniprésente : la veille de notre passage en 2010, deux Afghans avaient été grièvement blessés, l’un d’une balle dans la jambe et l’autre d’un coup de couteau dans le dos…

Informations complémentaires:

Vidéo « Complément d’enquête – A Téteghem, la loi de la jungle des passeurs »

Passeurs Téteghem Video -

La Voix du Nord 20/9/2015 – «Téteghem : Franck Dhersin compte sur les habitants pour appuyer sa demande de voir enlever le camp de migrants »

L’Avenir 25/9/2015  – « Un trafiquant d’êtres humains arrêté sur un parking de la E40 » 

Le Soir  04/9/2015  – « Crise des migrants: un Irakien soupçonné de trafic d’êtres humains sur l’E40 »

Le Soir 09/09/2015 – « Deux Polonais arrêtés à Zeebrugge pour trafic d’êtres humains » 

Le Soir  03/09/2015 – «Trois personnes arrêtées pour trafic d’êtres humains sur un ferry à Bruges »