Le trafic et la traite sur Internet et les réseaux sociaux

Le rapport 2017 de Myria se penche sur la Traite et le Trafic en ligne

Durant notre vaste enquête ‘The Criminal Shipping Network’ réalisé en 2015 sur le trafic maritime qui a acheminé des milliers de réfugiés en Europe par la mer sur des Cargos fantômes, nous avions pu mesurer l’ampleur de l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux par les trafiquants d’êtres humains.

Les réseaux de passeurs et de trafiquants, assoiffés par cette économie meurtrière très lucrative, ont bien compris l’importance d’utiliser internet et les réseaux sociaux pour engranger des fortunes. Les trafiquants en tous genres utilisent les nouvelles technologies pour recruter des victimes et pour faire la promotion de leur business. C’est précisément ce qui ressort du dernier rapport annuel 2017 intitulé, «Traite et trafic des êtres humains…En ligne » de Myria , le Centre Fédéral Migration et rapporteur national indépendant sur la traite des êtres humains pour la Belgique ,

Le rôle des réseaux sociaux et d’Internet dans le TRAFIC et la TRAITE des êtres humains

Selon le rapport, le développement d’internet et des médias sociaux apporte une myriade de possibilités mais aussi de dangers. Ces médias facilitent la traite et trafic des êtres humains mais, d’un autre côté et forte heureusement, ils facilitent également la lutte contre ces phénomènes.

En ce qui concerne les réseaux de Trafic d’êtres humains, Europol a su tracer, en 2016, pas moins de 17.000 passeurs ayant utilisé Facebook pour leurs activités de trafic vers l’UE en écoulant au prix fort des kyrielles de voyages sans retour pour l’Europe. Pré-vendus via les réseaux sociaux, ils ont été acquis par des passagers individuels et des familles entières, prêts à tous les sacrifices pour prendre place à bord des soutes poisseuses de cargos souvent bons pour la casse ou d’embarcations de fortunes. Tout peut être commandé sur base de publicités Facebook : routes migratoires clandestines, faux documents, faux mariages. Le contact du passeur, le prix, et le taux de réussite sont également mentionnés avec des photos et des vidéos de promotion. De plus, les passeurs offrent des voyages vers l’Europe occidentale sur Instagram via de soi-disant agences de voyages. Pour la gestion de leurs activités criminelles et de leurs réseaux, telles que les discussions confidentielles sur les finances ou les détails des transports, les passeurs utilisent Viber, Skype, WhatsApp qui sont plus difficiles à mettre sur écoute. Notons qu’en contrepartie, le rapport relate que les victimes du trafic (les migrants) commencent également à être de plus en plus nombreuses à publier des situations d’abus sur les réseaux sociaux afin d’avertir leurs compatriotes. Cette situation peut donner lieu à une sorte de contrôle social au niveau numérique. Des témoignages de viols de femme en cours de route ont déjà été détectés sur les réseaux sociaux…

Par rapport aux réseaux de Traite des êtres humains, les trafiquants recourent aux réseaux sociaux et à Internet pour recruter leurs victimes, assurer le marketing de leur offre de prostitution et gérer leurs activités criminelles. Pour le recrutement, les victimes sont notamment recrutées par le biais d’annonces sur internet d’agences de mannequinat, sous le couvert de faux profils Facebook pour une offre d’emploi ou sont contactées par Facebook ou Skype par un loverboy. Les victimes d’exploitation économique sont notamment recrutées par le biais d’offres d’emploi sur internet pour un travail dans la construction, l’Horeca, ou dans le secteur du transport. Ceci a lieu tant dans le pays d’origine qu’en Belgique. Pour gérer leurs affaires, les criminels ont recours à des entretiens confidentiels via Viber, Skype, WhatsApp afin de prévenir les écoutes téléphoniques. Dans le milieu de la prostitution, les proxénètes font également chanter leurs victimes avec des photos sur lesquelles elles sont nues, en menaçant de les exposer en ligne…

Méthodes d’enquêtes

Qu’en est-il des méthodes de recherches en la matière ? Les méthodes d’enquête se sont aussi adaptées à l’évolution technologique. Le rapport confirme et précise que Le Réseau européen des Migrations (REM) a constaté que la plupart des pays membres de l’UE utilisent les médias sociaux et Internet comme instrument d’investigation pour obtenir des preuves en matière de trafic d’êtres humains. Sept d’entre eux (dont la Belgique) les utilisent également dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains. Dans les dossiers de traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et dans les dossiers de trafic d’êtres humains, la police et les magistrats recourent aux réseaux sociaux et à Internet en tant que méthode d’enquête.

Toutefois, l’analyse évoque que les réseaux sociaux et Internet sont nettement moins présents en tant qu’instruments d’enquête dans les dossiers d’exploitation économique. Le Centre Myria recommande à mieux sensibiliser et former les acteurs de première ligne (Police Locale, services d’inspections,…) à ces pratiques.

Pour plus d’informations sur le sujet voici le rapport :

Rapport 2017 Myria -