Visas pour tout le monde

L’Europe des alias

Visas, cartes de séjour et naturalisations : autant de passeports pour le crime. Paradoxalement, c’est dans le no man’s land des trafics transnationaux qu’on se les procure. En disposer, lorsqu’on est un malfaiteur, c’est avoir la garantie de se déplacer à travers les frontières de l’espace Schengen, d’aller et venir sans être inquiété à l’intérieur d’un Etat, d’y prolonger sa résidence et même d’y faire fructifier son micmac.

Plus d’une décennie de trafics de documents a permis l’implantation, sous couvert de la nationalité belge, de cellules criminelles camouflées généralement derrière des activités commerciales (import-export, cafés, sociétés de transport, etc.). Des relais qui, aujourd’hui, servent de points d’appui locaux pour des trafics gérés au départ des pays d’origine (TEH, bandes, et autres).

Bien entendu, avec le temps, les méthodes pour parvenir à franchir et à s’affranchir des frontières évoluent. A présent, celles auxquelles ont recours les nouveaux voleurs d’identité sont autrement plus sournoises. D’autre part, l’entrée dans l’Union européenne de pays comme la Bulgarie et la Roumanie, facilite la tâche des groupes criminels qui voient les barrières douanières se lever devant eux. Malgré tout, il serait naïf de penser que le trafic de documents est de l’histoire ancienne. Principalement parce qu’en dehors des 27 pays de l’Union, il en est des dizaines d’autres à travers le monde pour lesquels le régime des visas et des passeports reste d’application. Certains, à l’Est, en Asie, en Afrique et dans le monde arabe, sont particulièrement vulnérables à ce phénomène en raison de la présence sur leur territoire d’une part, de mafias et de mouvements terroristes dont une grande partie des activités dépend toujours de la possession de documents officiels détournés, falsifiés, contrefaits ; et d’autre part, d’innombrables candidats à l’immigration illégale qu’il faut pareillement doter de visas, passeports, cartes d’identité, permis de séjour, permis de travail, etc.

Sans surprise, l’Europe (et, par priorité, son espace Schengen) constitue la cible de prédilection des trafiquants, ses documents demeurant les plus convoités au monde.  Outils essentiels à la commission de multiples méfaits, tous ces documents revêtent un spectre criminel extrêmement large puisqu’ils sont en cause dans le trafic de biens illégaux, l’immigration illégale ou la traite des êtres humains, différentes formes de criminalité économique et financière (blanchiment, fraudes, escroquerie,…) et, ces dernières années également, le terrorisme.

Ces trafics adoptent des formes différentes selon qu’ils recourent à la falsification ou à la contrefaçon de documents ; ou encore à l’abus de documents authentiques. Dès lors que ceux émis par les pays occidentaux sont toujours mieux protégés, les fraudeurs usent de moyens techniques adaptés. A telle enseigne que certaines bandes mafieuses en ont fait leur spécialité. Ceci étant, la sécurisation accrue, ces dernières années, des procédures de fabrication, de conservation et de délivrance des documents d’identité (belges et européens), a rendu de facto leur vol, comme leur altération et leur imitation, nettement plus ardus. D’où le foisonnement des « look alike » et des faux intellectuels. Mais l’acquisition frauduleuse, facilitée par la corruption de fonctionnaires, représente encore l’ultime parade aux mesures de lutte contre le trafic, y compris celles intégrant les techniques biométriques.

A lire : notre série d’articles sur les fraudes aux visas au sein du réseau diplomatique belge : Ambassade 1, 2, 3, 4