500 000 esclaves sexuelles en Europe

Fleurs de bitume

La prostitution est l’un des versants abrupts de la traite des êtres humains (TEH). En 1996, l’OIM estimait à 500 000 le nombre de femmes à en être victimes à l’intérieur des frontières de l’Europe occidentale. Plus tard, la même organisation a ramené ce nombre à 200 000. Mais en 2002, elle refaisait état d’un trafic mondial de femmes et d’enfants de l’ordre de 500 000 à 700 000 individus. « Belles de nuit », « filles de joie », « hétaïres », « fleurs de bitume », « horizontales » : peu importe les sobriquets qu’elles collectionnent, les prostituées alimentent l’immense marché des produits d’importation exploités sans le moindre scrupule par les réseaux criminels transnationaux qui se ramifient jusqu’au cœur de nos villes. Des estimations, qui demeurent il est vrai  très aléatoires, font état de la présence de centaines, voire d’un millier et même davantage de prostituées d’origine étrangère à Bruxelles et au moins autant à Anvers. Sans parler de Gand, Liège ou Charleroi pour se cantonner aux grands centres urbains.

Nombre d’entre elles proviennent des pays d’Europe centrale (Bulgarie, Roumanie, Albanie, Ukraine, Moldavie, Ex-Yougoslavie) et de Russie. Mais l’Afrique n’est pas en reste. Les flux venant du Nigeria et de Sierra Leone pour l’essentiel, s’ajoutent à d’autres en provenance d’Amérique Latine (Equateur, Brésil) et maintenant d’Asie (Chine). Parmi ces malheureuses, certaines sont abusées par de prétendus « agents » qui leur promettent du strass et des paillettes moyennant finance. D’autres acceptent de suivre l’un ou l’autre bellâtre, à moitié conscientes de ce qui les attend, même si souvent elles n’imaginent pas qu’elles vont êtres vendues à l’encan en bout de filière, comme du bétail, au plus offrant des « viandars ». Des cas de kidnapping, plus rares et principalement chez les mineurs d’âge, sont également rapportés. Il arrive en outre que des filles soient tout bonnement vendues par leur famille, en panne de solutions pour pouvoir subvenir aux besoins de toute la progéniture. Enfin, certaines décident de s’expatrier pour échapper à leur condition de femmes prisonnières des us et coutumes de sociétés patriarcales dans lesquelles elles vivent emmurées.

A lire : Notre enquête